RENDEZ-VOUS CULTURE

PAR MARGUERITE NATTER

Dr. LIVINGSTONE, I PRESUME ?

Comme dirait Frédéric Dard, ce qui sauve les Anglais, c’est le flegme avec lequel ils savent appréhender n’importe quelle situation. En 1867, le jeune britannique Henri Morton Stanley, géographe passionné, est remarqué par le directeur du New York Herald Tribune qui l’engage à couvrir sa première affaire sur le territoire africain. Il devient correspondant de guerre en Abyssinie (Ethiopie). Lors d’une mission en Espagne, on lui ordonne de rentrer : « Trouvez Livingstone ». Ce missionnaire écossais, assoiffé par la recherche des sources du Nil, n’a plus donné signe de vie depuis trois ans. De Zanzibar à la Tanzanie, Stanley parcourt l’Afrique de longs mois, à la tête de quelques 190 porteurs africains. Livingstone serait-il mort ?

LA RENCONTRE
Soudain, un serviteur de Livingstone, bien vivant, s’écrie :  « Mzungu anakuja ! Mzungu anakuja !” En swahili, cela veut dire “ Il y a un Blanc qui arrive ! ” Stanley aperçoit le visage émacié d’un vieil homme, et, détaché comme au beau milieu d’un de ces salons british : « Dr. Livingstone, I presume?
– Yes, that is my name ! »

Mais tandis que Stanley rentre en Europe, le missionnaire ne le suivra pas. Il découvre les chutes du Zambèze qu’il nomme Victoria, honneur à la reine oblige, puis, fidèle à ses paroles, s’éteint sur le continent fétiche.
Cette fameuse rencontre, mythe ou réalité, n’en reste pas moins paradoxale. Car la longue expédition de recherche s’est conclue aussi brièvement que l’étendue de leurs affinités. Tout s’oppose chez les deux hommes. Le missionnaire aime les Africains, parle la langue,lutte contre la traite négrière et développe les « 3C » : commerce, christianisme, civilisation ; le journaliste crie son aversion pour le continent et s’y comporte de façon brutale.
Pourtant, à bord du Lady Alice, Stanley poursuit les recherches de Livingstone en Afrique équatoriale qu’il traverse d’est en ouest depuis Zanzibar, grâce au financement du Daily Telegraph et du NY Herald.  Il salue le lac Victoria, parcourt le bassin du Congo, résiste aux chutes Boyoma et Livingstone, combat les Basoko et les Bangala. L’expédition mobilise 230 personnes mais seulement 115 parviennent à la côte atlantique.

STANLEY ET LE ROI DES BELGES
Stanley publie les récits de ses voyages : How I found Livingstone  et Through the Dark Continent. Parmi ses fidèles lecteurs se trouve le roi des Belges, Léopold II, en quête de colonies et de projets privés d’exploitation de caoutchouc et d’ivoire. Leur rencontre aboutit à un accord. Stanley doit entrer en concurrence avec l’explorateur Savorgnan de Braza pour acquérir ce qui deviendra le Congo belge. Le roi pourvoit à ses besoins financiers. Stanley achète les terres autour du puissant fleuve Congo, parfois navigable, en y faisant ouvrir une longue piste, au prix de la mort de nombreux indigènes. L’écho brutal de Bula Matari (celui qui fend les pierres) retentit jusqu’en Angleterre. La voie est désormais ouverte à l’exploitation intensive, aux petits bateaux à vapeur, aux comptoirs, à Kitambo rebaptisée Léopoldville. The Congo and the founding of Its Free State.

C’est ainsi que Léopold devint propriétaire de 2,5 millions de km2 en Afrique.

 

 

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