RENDEZ-VOUS CULTURE

PAR MARGUERITE NATTER

LE CHATEAU DE CHAMPS-SUR-MARNE, DE LA POMPADOUR A BOKASSA

 

Marie-Antoinette de Sofia Coppola, Les Liaisons Dangereuses de Stephen Frears, Vatel de Roland Joffé : qui a reconnu le domaine de Champs-sur-Marne? En 20 minutes depuis Paris, n’importe qui peut accéder à ce dépaysement. Un dépaysement beaucoup moins onéreux, pour le cinéma, que Versailles[1] ou Vaux-le-Vicomte mais tout aussi riche en mobilier estampillé dans un décor du XVIIIe siècle.  Il y a quelques années, Champs était l’un de ces châteaux « plus ou moins fermés ». Mais depuis sa réouverture officielle en 2013 suite à d’importantes restaurations, il a bel et bien ressuscité. Deux ans maintenant que vous n’avez plus aucune excuse de manquer une telle promenade!

Une maison de prestige

Cité comme exemple de maison de villégiature par excellence dans les traités d’architecture du XVIIIe siècle, Champs fut bâti entre 1703 et 1707 par les architectes Bullet. Il témoigne, avec son plan en U à courtes ailes et sa rotonde sur le jardin, d’une nouvelle recherche de confort. La maison accueille de prestigieux locataires comme la princesse de Conti (fille de Louis XIV), Louise de La Vallière, la marquise de Pompadour, Marcel Proust. A partir de 1959, les appartements sont complètement restaurés et De Gaulle y reçoit une vingtaine de chefs d’Etat, principalement originaires d’Afrique noire francophone. Léopold Sédar Senghor (Sénégal), le roi Hassan II (Maroc), Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), le Shah d’Iran ou l’empereur Bokassa (Centrafrique) ne reconnaitraient pas le décor intérieur de Champs admirablement restauré (7 millions d’euros) entre 2006 et 2013 (https://www.youtube.com/watch?v=wc6dfZBT4DM).

Un des châteaux XVIIIe les mieux meublés d’Île-de-France

Champs n’a pas dérogé à la règle de ces grandes demeures saisies à la Révolution, mais qu’une riche famille industrielle rachète au XIXe siècle pour y placer de nouvelles collections. Grâce à la dernière famille de propriétaires, les Cahen d’Anvers (Fondateurs de BNP Paribas[2]) qui ont remeublé la demeure à grands frais, on s’attarde volontiers dans le chaleureux fumoir, on s’émerveille devant la finesse du salon camaïeu et du salon chinois aux boiseries exotiques peintes par Huet (Cf. La grande et la petite singerie de Chantilly). Et repérer les Quatre Ages du quasi-unique lustre d’André-Charles Boulle, le mobilier de Jacob, d’Aubert, de BVRB, l’empereur KangXi en voyage sur une tapisserie de Beauvais est un jeu d’enfant grâce aux tablettes discrètes qui expliquent chaque salle de façon remarquable.

Un parc de 85 hectares  labellisé « Jardin remarquable »

C’est peut-être depuis le premier étage du château, et ce n’est pas du cinéma, qu’on peut le mieux apprécier la profondeur de Champs : la grande perspective nord-sud est longue de 900 mètres ! Ponctuée de bassins, de sculptures et généreusement entourée de parterres de broderies, de quinconces et autres boulingrins, elle est directement issue de l’art de Le Nôtre par l’intermédiaire de son petit-neveu Claude Desgots qui en serait le concepteur en 1710. Le parc évolue lentement puis en 1895, Henri et Achille Duchêne réinventent le jardin régulier avec des parterres à la française. Le parc offre aussi depuis le XIXe siècle une vaste composition à l’anglaise dont les prairies
sont parsemées de bouquets d’arbres et d’allées sinueuses. De nombreuses fabriques demeurent dans ce parc composite.

[gallery_bank type= »images » format= »thumbnail » title= »true » desc= »false » responsive= »true » display= »all » sort_by= »random » animation_effect= » » album_title= »true » album_id= »3″]

[1] Location cinéma Versailles : 15 000 euros/jour à l’intérieur, 10 000/jour à l’extérieur.

[2] La fondation de BNP Paribas a soutenu la restauration de dix œuvres du XVIIIe siècle à Champs-sur-Marne.

Next Post

Previous Post

© 2018 RENDEZ-VOUS CULTURE

Theme by Anders Norén